La diversité culturelle Africaine: Des langues africaines en voie de disparition

   L’Afrique, un continent de plus de un milliard d’habitants, est considérée par les paléoanthropologistes comme le berceau de l’humanité suite à la découverte  d’Eve mitochondriale, le plus récent ancêtre commun de l’Homme, sur ses terres. Cette population africaine est évidemment diverse et multiculturelle par ses langues (2000 environ soit 30 % des langues de notre planète), ses religions, ses rites, ses mariages, ses funérailles etc.

La langue demeure l’élément de base de la diversité culturelle en Afrique voire même partout dans le monde. Quand Amadou Hampâté Bâ dit que lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle, je trouve aussi quand une langue meurt, une bibliothèque de culture prend feu. La preuve en est que la culture est un «ensemble complexe incluant les savoirs, les croyances, l’art, les mœurs, le droit, les coutumes ainsi que toute disposition ou usage acquis par l’homme vivant en société » (E. B. Tylor, 1873-1874).

Que représentent les langues africaines pour les Africains ? Elles ne sont-elles pas en danger ? La culture contient la langue. Celle de l’Afrique est-elle en disparition ?

L’Afrique qui représente 11,8 % de la population mondiale, parle 30 % de ses langues contre l’Europe qui est 26,3 % de la même population avec seulement 3 % de langues du monde. Il est aussi important de noter que parmi les six pays du monde qui parlent plus de 200 langues, nous avons le Nigéria (553 langues), le Cameroun (279 langues) et la République démocratique du Congo (215).

La langue est ethnicisée en Afrique sub-saharienne c’est-à-dire chaque langue représente un groupe ethnique. L’ethnie est une identité, la langue l’est aussi. Il s’agit non seulement de l’identité civile mais aussi de l’identité culturelle voire même professionnelle (le Soninké est un cousin à plaisanterie du Malinké, le Peul conduit les troupeaux au pâturage, les Lébous et les Bozos vivent de la pêche…). Chacune de ces communautés a sa manière de faire ses baptêmes, de célébrer ses mariages, et d’organiser ses cérémonies funéraires. Alors l’Afrique est multiculturelle.

La langue, l’élément fondamental de la diversité culturelle en Afrique, est menacée. Selon les linguistes, la langue est menacée lorsque ses locuteurs ne valent pas 10 000 ou 5 000 selon d’autres spécialistes de sciences du langage. Mais une langue dont les locuteurs sont au-dessous de 5 000 peut ne pas être en danger quand elle est transmise. Elle peut être aussi menacée bien que le nombre  de ses locuteurs aille au-delà de 10 000 locuteurs quand elle n’est pas transmise. Les langues africaines de la diaspora ne sont-elles dans cette situation ? Quand la langue n’est pas transmise, est-il possible de transmettre sa culture et sa civilisation ? Bien évidemment que non.

Les langues africaines en Afrique sont transmises mais elles sont menacées par la non transcription (20 % seulement sont écrites), 2, 2 % de ces langues sont moribondes c’est-à-dire en voie de disparition. En Europe c’est 5 % et 17 % en Amérique. Les langues africaines sont aussi menacées par les langues des colonisateurs. C’est le cas du français en Côte d’Ivoire ou au Gabon. A l’étranger, elles sont en danger par la domination de la langue d’arrivée. En France, le soninké comme langue de communication autour de la table à manger dans les logements sociaux  est de plus en plus remplacée par le français. Les langues africaines peuvent apparaître menaçantes également. Le bambara, le wolof et le haoussa menacent respectivement les langues minoritaires au Mali, au Sénégal et au Nigéria. C’est le phénomène de la diglossie (l’état de deux langues coexistant mais l’une est représentée supérieure à l’autre).

En guise de conclusion, je peux dire que malgré la non transcription de beaucoup de langues africaines, elles continuent à être transmises sur le continent noir. Pour sauver les langues en danger, il faut que ces langues soient codifiées, enseignées et changent de statut (de statut langue nationale au statut langue officielle).

A l’étranger (France, Royaume-Uni, Etats-Unis, Chine…) avec le concept de plurilinguisme et de multiculturalisme vu positif par l’UNESCO, les pays accueillants doivent introduire l’enseignement des langues de départ à l’école, au centre des langues et contribuer à la promotion des langues et des civilisations des immigrés.

Dans ces pays d’accueil, avant que le gouvernement s’intéresse aux langues des immigrés, il faut que les locuteurs aient l’amour de leurs langues et sachent que ces langues représentent non seulement des moyens de communication mais aussi leur culture, leur identité, leur origine… Un proverbe africain dit : « le séjour dans l’eau ne transforme pas un tronc d’arbre en crocodile ».

 

 

Références

  • HOMBERT Jean-Marie, « La diversité culturelle de l’Afrique est menacée », La Recherche, N° 429, 2009.
  • SY Salif, Le bi-plurilinguisme dans le milieu soninkéen France : les langues de communication entre les trois générations d’immigrés soninkés de Meaux, Seine-et-Marne (mémoire de master), Paris, Sorbonne Nouvelle, 2015.
  • TYLOR Edward, Primitive Culture, (2 volumes), London, Second Edition, 1873-1874.

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